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Hiroshima - Nagazaki - Ce n’est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

vendredi 4 août 2017, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 8 août 2015).

Le Japon n’a pas capitulé à cause des bombes atomique du 6 août 1945 sur Hiroshima et du 9 août suivant sur Nagazaki, mais de l’entrée en guerre, le 8 août 1945 de l’URSS contre le Japon !

L’article de Slate, basée sur une analyse militaire tout à fait convaincante le démontre d’une façon parfaite. Le Monde diplomatique fait la même démonstration, mais surtout à base de citations des grands personnages de l’époque. Ces deux articles donnent une raison à ces deux bombes atomiques : impressionner les soviétiques.

Deux autres articles, l’un trouvé sur un site proche du PCF et l’autre du NPA osent aller plus loin :

Tout en s’assurant des avantages politiques, diplomatiques et militaires, les États-Unis se sont aussi laissés l’opportunité, autrement impossible, de tester leurs armes nucléaires sur des êtres humains et de déterminer leurs impacts sur les bâtiments et sur différents types d’installations. Cela lui a permis de suivre de près les impacts de la radiation, ce qui n’aurait pas été imaginable autrement.

En lançant deux bombes, une faite d’uranium, l’autre de plutonium, avec des combinaisons chimiques différentes, toute une série d’effets pouvait être testée. Le chercheur scientifique Rosalie Bertelle considère qu’il y avait un « projet délibéré d’étudier les effets des deux différents types de bombes ».


Ce n’est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

Ward Hayes Wilson

Traduit par Antoine Bourguilleau

Monde 07.06.2013 - 6 h 59

mis à jour le 06.08.2015 à 14 h 10

Le B-29 Superfortress Enola Gay atterrit sur la base de Tinian dans les iles Marianne après avoir largué sa bombe sur Hiroshima, , le 6 août 1945. REUTERS/U.S. Air Force/Handout

Le rôle de Staline est minimisé, celui de la destruction d’Hiroshima et Nagasaki grandi, parce que ça arrangeait Américains et Japonais. 70 années de politiques nucléaires seraient-elles fondées sur un mensonge ?

L’utilisation de l’arme nucléaire par les Etats-Unis contre le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale fait depuis toujours l’objet d’un débat vif en émotions. Au départ, rares étaient ceux qui remettaient en cause la décision prise par le président Truman de larguer deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Mais dès 1965, l’historien Gal Alperowitz affirmait que si les deux bombes avaient certes provoqué la fin immédiate de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants japonais avaient l’intention de capituler et l’auraient probablement fait avant la date de l’invasion prévue par les Etats-Unis, le 1er novembre 1945.

Larguer deux bombes atomiques n’était donc pas nécessaire pour gagner la guerre. Depuis 48 ans, d’autres historiens sont entrés dans l’arène : certains rejoignant Alperowitz et dénonçant les bombardements et d’autres affirmant avec véhémence que les bombardements étaient moraux, nécessaires et qu’ils ont contribué à sauver des vies humaines.

Mais ces deux écoles de pensée s’accordent toutefois sur le fait que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, avec de nouvelles armes puissantes, ont poussé le Japon à capituler le 15 août 1945. Elles ne questionnent pas l’utilité du bombardement au premier chef –en se demandant, au fond, s’il a eu l’effet escompté ? La vision orthodoxe de cet évènement consiste à dire que tel fut bien le cas : les Etats-Unis ont bombardé Hiroshima et Nagasaki le 6 et le 9 août et le Japon, craignant de nouvelles frappes, a finalement choisi de capituler. Cette vision de l’histoire est fortement enracinée. Mais elle pose trois problèmes majeurs qui, mis bout à bout, contredisent de manière significative l’interprétation de la capitulation japonaise.

Le calendrier

Le premier problème posé par cette interprétation traditionnelle est un problème de calendrier. Et c’est un problème sérieux. Le calendrier de l’interprétation traditionnelle est des plus limpides : l’US Army Air Force (USAAF) largue le 6 août une bombe atomique sur Hiroshima, en largue une deuxième trois jours plus tard sur Nagasaki et le lendemain, les Japonais signifient leur intention de capituler. On peut difficilement reprocher aux journaux américains de barrer leur une avec des titres du genre « Paix dans le Pacifique : Notre bombe l’a fait ! »

Dans l’histoire d’Hiroshima, telle qu’elle est racontée dans la plupart des récits historiques américains, le jour de ce premier bombardement – le 6 août – constitue une sorte d’apothéose narrative. Tous les éléments de la narration pointent vers ce moment particulier : la décision de fabriquer la bombe, les recherches secrètes à Los Alamos, le premier test réussi, et le point culminant d’Hiroshima.

Mais il est impossible d’analyser de manière objective la décision du Japon de capituler dans le contexte historique de la construction de la bombe. Présenter cette décision comme partie intégrante de « l’histoire de la bombe », c’est déjà présumer du rôle central de la bombe dans la capitulation japonaise.

Du point de vue japonais, le jour le plus important de cette deuxième semaine du mois d’août n’est pas le 6 mais le 9 août. C’est ce jour-là que le Conseil Suprême se réunit et, pour la première fois depuis le début de la guerre, discute de la capitulation sans condition. Ce Conseil suprême est composé de six membres de premier plan du gouvernement – une sorte de cabinet intérieur – qui dirige, de fait, le Japon en 1945.

Nagasaki, le 9 août 1945. REUTERS/U.S. National Archives and Records Administration/Handout

Avant cette date, les dirigeants japonais n’ont jamais sérieusement envisagé la capitulation. La capitulation sans condition (que les Alliés exigent) est une pilule un peu trop dure à avaler. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont déjà en train d’organiser des tribunaux pour juger les criminels de guerre en Europe. Que se passerait-il s’ils décidaient de juger l’empereur – considéré au Japon comme une divinité ? Que se passerait-il s’ils décidaient de se débarrasser de l’empereur et de changer complètement le mode de gouvernement ? Quand bien même la situation semble très mauvaise à l’été 1945, les dirigeants du Japon n’envisagent pas d’abandonner leurs traditions, leurs croyances pas plus que leur mode de vie. Jusqu’au 9 août.

Que s’est-il donc passé pour qu’ils décident de changer d’avis si soudainement et si radicalement ? Quel événement peut expliquer qu’ils se réunissent pour envisager pour la première fois une capitulation après 14 ans de guerre ? (Les Japonais sont en effet engagés en Chine depuis le début des années 1930, NdT.)

En aucun cas, il ne peut s’agir du bombardement de Nagasaki, qui a lieu en fin de matinée, le 9 août, soit après que le Conseil suprême a commencé ses discussions à propos d’une éventuelle capitulation. La nouvelle du bombardement n’est connue des dirigeants japonais qu’au début de l’après-midi – après que la réunion du Conseil suprême s’est soldée par une impasse et que décision a été prise de convoquer l’intégralité du cabinet pour reprendre la discussion. Si l’on se fonde sur le calendrier seul, Nagasaki ne peut en aucun cas avoir été la motivation des dirigeants japonais.

3 jours entre le bombardement et la réunion d’urgence

Hiroshima n’est pas un très bon candidat non plus. Le bombardement a eu lieu 74 heures – plus de trois jours – avant. Quelle crise met trois jours à éclater ? La caractéristique première d’une crise est son caractère de désastre imminent accompagné du désir pressent d’agir immédiatement par ceux qui y font face. Comment se pourrait-il que les dirigeants japonais aient considéré que le bombardement d’Hiroshima constituait une crise et qu’ils aient mis plus de trois jours avant de décider d’en parler ?

Le président John F. Kennedy était assis dans son lit, en train de lire les journaux du matin quand, vers 8h45 du matin, le 16 octobre 1962, McGeorge Bundy, son conseiller à la Sécurité nationale fit irruption dans sa chambre pour l’avertir que l’Union soviétique était en train de déployer, dans le plus grand secret, des missiles nucléaires à Cuba. En moins de trois heures, une commission spéciale était mise sur pied, les membres choisis, contactés, dépêchés en urgence à la Maison blanche et se trouvaient déjà autour d’une table pour discuter de la marche à suivre.

Le président Harry Truman prenait des vacances à Independence, dans le Missouri quand, le 25 juin 1950, les troupes nord-coréennes franchirent le 38e parallèle et envahirent la Corée du Sud. Le Secrétaire d’Etat Acheson appela immédiatement Truman ce samedi matin-là pour l’en avertir. En moins de 24 heures, Truman avait traversé la moitié des Etats-Unis en avion et se trouvait en réunion à Blair House (la Maison Blanche était alors en rénovation) avec ses principaux conseillers militaires et politiques pour évoquer les suites à donner à cet événement.

Même le général George B. McClellan, commandant l’Armée du Potomac (Unioniste) en 1862, pendant la guerre de Sécession, et dont le président Lincoln disait tristement « C’est pas un rapide », ne mit pas plus de 12 heures à réagir quand lui fut présentée une copie des plans d’invasion du Maryland par l’armée du général Lee.

Ces chefs —comme les dirigeants de n’importe quel pays dans le monde– ont répondu immédiatement aux impératifs d’une crise. Ils ont pris des décisions critiques dans un laps de temps très court. Comment expliquer, dès lors, le comportement des dirigeants japonais ? Si Hiroshima a réellement provoqué une crise qui poussa, au final, les Japonais à capituler après avoir mené la guerre pendant 14 ans, comment expliquer qu’il leur a fallu trois jours pour s’asseoir autour d’une table et en discuter ?

On pourrait arguer du fait qu’il existe des explications rationnelles à un tel délai. Peut-être ont-ils mis du temps à comprendre l’importance de ce bombardement ? Peut-être n’ont ils pas su qu’il s’agissait d’une bombe nucléaire et que, ayant enfin compris et réalisé les effets terribles d’une telle arme, ils se sont finalement rendus à l’évidence que la capitulation était la seule issue possible ? Le problème, c’est qu’une telle explication est en totale contradiction avec les éléments dont nous disposons.

Premièrement, le gouverneur d’Hiroshima fait, le jour même du bombardement, un rapport à Tokyo, indiquant qu’un tiers de la population a été tué au cours de l’attaque et que les deux tiers de la ville ont été anéantis. Cette information n’a pas changé au cours des jours qui ont suivi. Le résultat et les effets de ce bombardement sont donc connus dès le début. Les dirigeants japonais connaissent donc les effets de l’attaque dès le premier jour, et pourtant ils ne font rien.

Deuxièmement, le rapport préliminaire préparé par la petite équipe de militaire envoyée à Hiroshima pour faire un rapport sur le bombardement, et qui expose dans le détail ce qui s’y est déroulé, n’est rendu que le 10 août 1945. En d’autres termes, il n’arrive à Tokyo qu’alors que la décision de capituler a déjà été prise. Si un rapport verbal est bien délivré (aux militaires) dès le 8 août, les détails du bombardement ne sont connus que deux jours plus tard. La décision de capituler n’est donc pas fondée sur une appréciation profonde et précise de l’horreur d’Hiroshima.

Le Japon savait ce qu’était une bombe nuclaire

Troisièmement, les militaires japonais savaient, au moins de manière grossière, ce qu’était une arme nucléaire. Le Japon avait, lui aussi, un programme nucléaire. Plusieurs militaires japonais mentionnent, dans leurs journaux intimes, le fait que c’est une bombe nucléaire qui a détruit Hiroshima. Le général Anami Korechika, ministre de la guerre, s’entretient même avec les responsables du programme nucléaire japonais le soir du 7 août. L’idée que les dirigeants japonais n’aient jamais entendu parler de l’arme nucléaire ne tient pas.

Pour finir, un dernier point de calendrier pose un problème fondamental. Le 8 août, le ministre des Affaires étrangères Togo Shigenori se rend chez le Premier ministre Suzuki Kantaro et demande que le Conseil suprême soit réuni pour discuter du bombardement d’Hiroshima, mais ses membres déclinent. La crise n’a donc pas gonflé, gonflé, gonflé pour finir par éclater le 9 août. Toute tentative d’expliquer la décision des dirigeants japonais par le « choc » causé par le bombardement d’Hiroshima doit prendre en considération le fait qu’ils ont envisagé de se réunir le 8 août pour en parler, ont finalement décidé qu’il ne s’agissait pas de quelque chose d’important, avant de décider soudainement de se rencontrer le lendemain pour évoquer une capitulation.

Deux explications à un tel comportement viennent à l’esprit : soit ils ont succombé à une forme de schizophrénie collective, soit un autre événement les a poussé à parler de capitulation.

Au-dessus de Nagasaki, le 9 août 1945. REUTERS/U.S. National Archives and Records Administration/Handout

Une question d’échelle

D’un point de vue historique, l’utilisation de la bombe atomique peut apparaître comme l’événement singulier le plus important de la guerre. Mais du point de vue des Japonais de l’époque, le largage de la bombe sur Hiroshima ne se distingue guère d’autres événements. Il est après tout bien difficile de distinguer une goutte de pluie au beau milieu d’un ouragan. A l’été de 1945, l’USAAF est en train d’effectuer une des plus intenses campagnes de destruction de centres urbains de l’histoire mondiale. 68 villes japonaises sont bombardées, et toutes sont partiellement ou intégralement détruites.

On estime à 1,7 million le nombre de personnes sans-abris, à 300.000 le nombre de tués, et à 750.000 le nombre de blessés. 66 de ces villes ont été attaquées avec des bombes traditionnelles, deux avec des bombes atomiques. Les destructions engendrées par les attaques conventionnelles sont immenses. Nuit après nuit, durant tout l’été, des villes entières partent en fumée. Au beau milieu de cette avalanche de destruction, il ne serait étonnant qu’une attaque ait fait plus impression qu’une autre – quand bien même elle a été effectuée avec une arme d’un nouveau genre.

Un bombardier B-29 décollant des îles Mariannes pouvait emporter –en fonction de la localisation de la cible et de l’altitude du bombardement, entre 8 et 10 tonnes de bombes. Un raid moyen était composé de 500 appareils. Cela signifie donc qu’un raid conventionnel larguait, sur sa cible, l’équivalent de 4 à 5 kilotonnes de bombes. (Un kilotonne représente un millier de tonnes et est l’unité de mesure standard des armes nucléaires. La bombe d’Hiroshima était de 16,5 kilotonnes, celle de Nagasaki de 20 kilotonnes.) Si l’on part du principe qu’une telle quantité de bombes répartit la destruction de manière homogène (et donc plus efficace), tandis qu’une bombe unique dépense la majeure partie de son énergie au centre de l’explosion – et que l’onde de choc est atténue au fur et à mesure par les ruines qu’elle provoque, on pourrait affirmer que certains de ces raids conventionnels approchèrent le potentiel de destruction des deux bombes atomiques.

Le premier de ces raids conventionnels a lieu sur Tokyo dans la nuit du 9 au 10 mars 1945 et demeure encore aujourd’hui comme le raid le plus destructeur jamais effectué contre une ville. Environ 40 kilomètres carrés de la ville sont réduits en cendre. On estime à 120.000 le nombre de Japonais qui périrent dans cette attaque – le bilan le plus lourd d’un bombardement aérien effectué sur une ville.

Nous imaginons bien souvent, parce que c’est comme cela que l’histoire nous est racontée, que le bombardement d’Hiroshima fut bien pire. Nous avons tendance à nous imaginer que le nombre de victimes bat tous les records. Mais si l’on dresse un tableau des morts par raids sur les 68 villes japonaises bombardées par les Américains à l’été 1945, Hiroshima est deuxième en nombre de morts civils. Si l’on dresse une liste du nombre de kilomètres carrés détruits par raid, Hiroshima est quatrième. Si l’on dresse une liste du pourcentage de la ville détruit par raid, Hiroshima est 17e. Hiroshima est donc une attaque tout à fait dans la norme des attaques conventionnelles effectuées cet été-là.

66 villes détruites par des frappes conventionnelles

De notre perspective, Hiroshima apparaît singulier, extraordinaire. Mais si l’on se met à la place des dirigeants japonais au cours des trois semaines qui précèdent le bombardement d’Hiroshima, l’image est considérablement différente. Si vous aviez été un des principaux membres du gouvernement japonais, votre vision des bombardement des villes japonaises aurait été la suivante : au matin du 17 juillet, vous auriez appris qu’au cours de la nuit qui venait de s’écouler, quatre villes avaient été attaquées (Oita, Hiratsuka, Numazu et Kuwana). Oita et Hiratsuka étaient détruites à plus de 50%. Kuwana était détruite à plus de 75% et Numazu plus fortement encore, près de 90% de la ville étant réduit en cendres.

Trois jours plus tard, vous auriez appris, toujours à votre réveil, que trois nouvelles villes avaient été attaquées. Fuiki était à 80% détruite. Une semaine plus tard, trois nouvelles villes étaient attaquées dans la nuit, dont Ichinomiya, détruite à plus de 75%. Le 2 août, en arrivant à votre bureau, vous auriez appris que quatre nouvelles villes avaient été attaquées. Et les rapports indiqueraient que Toyama était détruite à 99,5%. La quasi-intégralité de la ville était rasée. Quatre jours plus tard, quatre autres villes étaient attaquées. Et le 6 août, une seule ville, Hiroshima, était attaquée, mais les rapports indiquaient que les dégâts étaient importants et qu’un nouveau type de bombe venait d’être utilisé. Quel pouvait être le poids d’une telle attaque au vu des destructions massives qui s’étaient déroulées au cours des semaines précédentes ?

Au cours des trois semaines qui précèdent Hiroshima, 26 villes japonaises sont attaquées par l’USAAF. Huit de ces villes –soit presque un tiers— sont autant, sinon plus détruites (en termes de pourcentage de la ville détruit) qu’Hiroshima. Le fait que 68 villes japonaises aient été peu ou prou rayées de la carte au cours de l’été 1945 pose une question sérieuse aux personnes qui voudraient faire d’Hiroshima la cause de la capitulation du Japon. Cette question est la suivante : Si le Japon a capitulé après l’anéantissement d’une seule de ses villes, pourquoi n’a-t-il pas capitulé quand 66 autres de ses villes étaient anéanties ?

Si les dirigeants japonais se sont rendus à cause de la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki, il serait logique de penser qu’ils se souciaient du bombardement des villes japonaises en général et que les attaques sur ces villes les poussèrent à accepter la capitulation. Mais il ne semble pas du tout que ce soit le cas. Deux jours après le bombardement de Tokyo de mars 1945, l’ancien ministre des Affaires étrangères Shidehara Kijuro exprime un sentiment qui semble traduire l’état d’esprit qui règne alors au plus haut sommet de l’Etat japonais. Shidehara affirme que « les populations vont progressivement s’habituer à être bombardées quotidiennement. Au fur et à mesure, leur sentiment d’unité et leur résolution ne feront que croître. » Dans une lettre envoyée à un de ses amis, il affirme qu’il est important que les citoyens japonais souffrent car « même si des centaines de milliers de non-combattants sont tués, blessés ou réduits à la famine, même si des millions d’habitations sont détruites ou incendiées », l’heure n’est pas encore venue de s’asseoir à la table des négociations. Il est bon de rappeler que Shidehara était un modéré.

Des secouristes transportent une des victimes du bombardement américain sur Hiroshima, le 6 août 1945. Archives

Au plus haut niveau du gouvernement (au sein du Conseil suprême), les attitudes sont manifestement les mêmes. Si le Conseil Suprême discute de l’importance de la neutralité de l’Union soviétique, l’impact des bombardements des villes n’est pas évoqué en profondeur. Dans les comptes-rendus des réunions qui ont pu être préservés, les bombardements des villes ne sont jamais mentionnés, sauf en deux occasions. La première a lieu en mai 1945 et la seconde au cours de la discussion tous azimuts de la nuit du 9 août 1945. Au vu de ces documents, il est donc difficile d’imaginer que le bombardement des villes japonaises – comparé à d’autres évènements importants susceptibles de se dérouler lors d’une guerre – a pu avoir une quelconque signification.

Le 13 août, le général Anami remarque que les bombardements atomiques ne sont pas plus dangereux que les bombardements incendiaires auxquels les villes japonaises ont été soumises des mois durant. Si Hiroshima et Nagasaki ne sont pas pires que les bombardements incendiaires et si les dirigeants japonais ne prennent même pas le temps de les évoquer en profondeur, comment imaginer qu’Hiroshima et Nagasaki les ont poussés à capituler ?

La signification stratégique

Si les Japonais n’étaient pas inquiétés par le bombardement de leurs villes en général et par le bombardement d’Hiroshima en particulier, quel était donc leur motif d’inquiétude ? La réponse est simple : l’Union soviétique.

Les Japonais se trouvent dans une situation stratégique particulièrement délicate. Ils sont près de la fin d’une guerre qu’ils sont en train de perdre. La situation est mauvaise. L’armée demeure malgré tout puissante et bien approvisionnée. Près de 4 millions d’hommes sont sous les drapeaux et 1,2 million de ces soldats sont en garnison dans l’archipel du Japon.

Même les plus enragés des dirigeants japonais avaient parfaitement conscience que la guerre ne pouvait pas continuer. La question n’était donc pas de savoir si la guerre devait continuer mais comment faire en sorte qu’elle se termine dans les meilleures conditions possibles. Les Alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, d’autres nations – l’Union soviétique est, rappelons-le, neutre à ce moment-là) ont exigé une « capitulation sans condition ». Les dirigeants japonais espèrent encore pouvoir éviter d’être jugés pour crimes de guerre, conserver la forme actuelle du gouvernement et conserver au moins une partie des territoires conquis : Corée, Viêt-Nam, Birmanie, parties de la Malaisie et de l’Indonésie et une bonne partie de l’Est de la Chine et de nombreuses îles du Pacifique.

Pour obtenir une capitulation plus avantageuse, les dirigeants japonais ont deux plans, ou plutôt, deux options stratégiques. La première est diplomatique. En avril 1941, le Japon a signé, avec l’Union soviétique, un pacte de neutralité de cinq ans qui est donc censé expirer en 1946. Un groupe majoritairement constitué de dirigeants civils et mené par le ministre des Affaires étrangères Togo Shinegori espère que Staline pourrait se laisser convaincre de servir d’intermédiaire en vue d’un accord entre les Etats-Unis et leurs alliés d’un côté et le Japon de l’autre.

Même si ce plan a finalement fait long feu, il démontre que les dirigeants japonais étaient capables d’une pensée stratégique cohérente. Il était après tout dans l’intérêt de l’Union soviétique de s’assurer que les termes de l’accord de paix ne seraient pas trop favorables aux Etats-Unis : toute montée en puissance de l’influence américaine en Asie et dans le Pacifique signifiait en retour une perte d’influence et de pouvoir pour les Russes.

Une armée japonaise encore forte en août 1945

Le second plan était militaire et la majorité de ses défenseurs, avec en tête le ministre de l’Armée, Anami Korechika, sont des militaires. Grâce aux troupes au sol de l’Armée impériale, ils espèrent infliger des pertes très lourdes aux Américains quand ils envahiront l’archipel japonais. S’ils y parviennent, ils pensent alors qu’ils seront en position d’obtenir des Etats-Unis des termes plus favorable à une cessation des hostilités. Ce second plan était lui aussi voué à l’échec. Les Etats-Unis ne démordaient pas de la capitulation sans condition. Malgré cela, dans de nombreux cercles de l’armée américaine, de nombreuses personnes estimaient que le coût d’une invasion du Japon était prohibitif. La stratégie du haut-commandement japonais n’était donc pas totalement déconnectée des réalités.

La meilleure manière de savoir ce qui, du bombardement d’Hiroshima ou de l’invasion et de la déclaration de guerre de l’Union soviétique au Japon, a provoqué la capitulation de ce dernier consiste à comparer la façon dont ces deux évènements ont affecté la situation stratégique. Après le bombardement d’Hiroshima, le 6 août, les deux options sont toujours viables. Il est toujours possible de demander à Staline de servir d’intermédiaire (et les notes du carnet de Takagi en date du 8 août montrent qu’au moins quelques-uns des dirigeants japonais se demandent quelle serait la meilleure manière d’impliquer Staline).

Il est encore possible d’espérer une dernière grande bataille et d’infliger des pertes sévères aux Américains. La destruction d’Hiroshima n’a en rien réduit l’état de préparation des troupes enterrées sur les plages des îles de l’archipel du Japon. Certes, de nombreuses villes ont été détruites derrières ces rives, mais ces soldats sont toujours bien installés dans leurs casemates, ont des munitions à foison et leur potentiel militaire n’a pas été affecté de manière significative. En d’autres termes, le bombardement d’Hiroshima ne change pas la donne stratégique et ne ferme aucune des deux options japonaises.

Mais l’impact de la déclaration de guerre des Soviétiques au Japon et l’invasion de la Mandchourie et de l’île Sakhaline est d’une toute autre nature. Une fois que l’union soviétique a déclaré la guerre, Staline ne peut plus servir d’intermédiaire – il est à présent un belligérant. L’option diplomatique est donc réduite à néant par la décision des Soviétiques. L’effet sur la situation militaire n’est pas moins dramatique. La plupart des troupes d’élites du Japon ont été déployées sur les rives sud des îles de l’archipel du Japon.

L’assaut soviétique sur Sakhaline, Hokkaido en ligne de mire

Les militaires japonais avaient (à juste titre) déterminé que le premier objectif des forces d’invasion américaine serait l’île de Kyushu, la plus au sud. L’ancienne armée du Kwantung, en Mandchourie, qui avait été l’armée d’élite du Japon, n’est plus que l’ombre d’elle-même : ses meilleures unités ont été rapatriées au Japon. Quand les Russes envahissent la Mandchourie, ils enfoncent les restes de cette armée d’élite. Et ce qui contraint la majorité des troupes russes à cesser leur offensive, c’est le manque d’essence.

La 16e Armée soviétique (forte de 100.000 hommes) se lance à l’assaut de la partie sud de l’île de Sakhaline. Sa mission consiste à nettoyer toute forme de résistance japonaise sur l’île puis, dans les deux semaines qui suivent, à se tenir prête à envahir Hokkaido, l’île la plus au nord de l’archipel japonais. L’unité en charge de la défendre Hokkaido, la 5e Armée territoriale, ne compte en tout et pour tout que deux divisions à deux brigades et est déployée dans un réseau fortifié élaboré sur la partie orientale de l’île. Le plan d’invasion soviétique prévoit un débarquement à l’ouest.

Nul besoin donc d’être un génie en matière militaire pour comprendre que s’il est possible (seulement possible) de libérer une bataille décisive face à UN SEUL adversaire attaquant dans une direction, il sera impossible de repousser deux grandes puissances attaquant simultanément et depuis deux directions opposées. L’entrée en guerre des Soviétiques invalide totalement la stratégie de la « bataille décisive » avancée par les militaires comme elle invalide la stratégie diplomatique voulue par les civils. D’un seul coup, les deux options japonaises sont évaporées. L’entrée en guerre de l’Union soviétique est donc stratégiquement décisive – elle anéantit les deux options japonaises – tandis que le bombardement d’Hiroshima (qui n’anéantit aucune des deux) ne l’est pas.

La déclaration de guerre de l’Union soviétique change une autre donnée : celle du temps qui reste pour manœuvrer. Les services de renseignements japonais affirment que les forces américaines ne seront pas en mesure d’envahir le Japon avant plusieurs mois (et ils ont raison, NdT). Les troupes soviétiques pourraient quant à elles mettre le pied sur l’archipel du Japon dans les dix jours à venir. L’invasion de la Mandchourie et de Sakhaline par les Soviétiques fait soudainement de la décision de mettre un terme aux hostilités une question d’une brûlante actualité.

Ce d’autant plus que les dirigeants japonais sont arrivés à cette conclusion quelques mois auparavant. Lors d’une réunion du Conseil suprême, en juin 1945, ils ont ainsi affirmé que l’entrée en guerre de l’Union soviétique « déterminerait le destin de l’Empire. » Le chef d’état-major adjoint de l’Armée, Torashiro Kawabe affirmait, au cours de la même réunion, que « le maintient de relations pacifiques avec l’Union soviétique est un impératif absolu pour la poursuite de la guerre. »

Il n’y a plus grand chose à détruire au Japon en août 1945

Les dirigeants du Japon ont fait montre d’un désintérêt constant à l’égard de la campagne de bombardement stratégique qui anéantissait leurs villes les unes après les autres. S’ils avaient certainement tort quand les bombardements commencèrent le mars 1945, au mois d’août, quand Hiroshima est frappé, ils ont sans doute raison de considérer ces attaques contre les populations civiles comme un épiphénomène du conflit, en terme d’impact stratégique. Quand Truman menaça publiquement le Japon d’une « pluie de destruction » s’il ne capitulait pas, rares étaient les Américains qui réalisaient qu’il n’y avait à ce moment-là plus grand chose à détruire au Japon. Le 7 août, quand Truman prononça son discours radiodiffusé, il ne restait plus que dix villes de plus de 100.000 habitants encore intactes.

Quand Nagasaki fut attaquée le 9 août, il n’en restait plus que neuf. Quatre d’entre elles étaient situées sur l’île d’Hokkaido, au nord, et étaient difficiles à bombarder en raison de la distance qui les séparait de l’île de Tinian où étaient basés les bombardiers américains. Kyoto, l’ancienne capitale du Japon, avait été ôtée de la liste des bombardements stratégiques par le Secrétaire à la Guerre Henry Stimson, pour des raisons religieuses et symboliques. Malgré l’aspect inquiétant de la menace de Truman, une fois Nagasaki bombardée, il ne reste plus que quatre grandes villes japonaises à portée immédiate d’une bombe atomique américaine.

Le caractère intensif et étendu de la campagne de bombardement de l’USAAF peut être apprécié par le fait qu’ayant à tel point bombardé les grandes villes japonaises, les Américains en étaient réduits, si l’on peut dire, à bombarder des villes de 30.000 habitants ou moins. Dans le monde moderne, une ville de 30.000 habitants n’est plus considérée comme une grande ville.

Certes, il demeurait possible de bombarder de nouveau des villes ayant déjà été bombardées par des bombes incendiaires. Mais ces cités étaient, en moyenne, déjà détruites à 50%. Les Etats-Unis auraient également pu larguer des bombes atomiques sur des villes plus petites (dont la population était comprise entre 100.000 et 30.000 habitants) et qui n’avaient pas encore été bombardées. Si l’on se souvient que 68 villes japonaises avaient déjà été très fortement bombardées et que ces destructions avaient été accueillies par des haussements d’épaule de la part de la population japonaise, il n’est pas étonnant que les dirigeants japonais n’aient guère été impressionnés par la menace de nouveaux bombardements. Cela n’avait rien de menaçant sur le plan stratégique.

Une histoire commode

Malgré l’existence de ces trois objections majeures, l’interprétation traditionnelle demeure fortement ancrée dans les esprits, et particulièrement aux Etats-Unis. On constate une forte réticence à regarder les faits en face. Mais cela est-il vraiment étonnant ? Il convient sans doute de rappeler à quel point l’explication traditionnelle du bombardement d’Hiroshima est commode émotionnellement - pour les Américains, bien sûr, mais aussi pour les Japonais. Les idées peuvent persister parce qu’elle sont vraies, mais il arrive parfois qu’elles persistent parce qu’elles sont satisfaisantes sur le plan émotionnel : elles satisfont un besoin psychique. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’interprétation traditionnelle d’Hiroshima a aidé les dirigeants japonais à atteindre un certain nombre d’objectifs politiques, tant à l’intérieur qu’à l’international.

Il suffit, pour le comprendre, d’endosser pour un temps les habits de l’empereur. Vous avez lancé votre pays dans une guerre désastreuse. Votre économie est en lambeaux. Près de 80% de vos villes ont été bombardées et incendiées. Votre armée a subi une suite de défaites humiliantes. Votre marine de guerre a été presque anéantie et demeure confinée dans ses ports. La famine guette. La guerre, pour faire court, a été une catastrophe et, pire que tout, vous avez menti à vos sujets sur l’état réel de la situation. L’annonce de la capitulation risque bien de les prendre totalement au dépourvu.

Que faire ? Admettre que vous avez lamentablement échoué ? Publier in communiqué indiquant que vous vous êtes trompé sur toute la ligne, avez répété de nombreuses erreurs et provoqué la ruine de la nation ? Ou alors, vous pourriez tenter d’expliquer la défaite par une avancée scientifique miraculeuse et dont personne ne pouvait prévoir qu’elle allait se produire ? En faisant de la bombe atomique la responsable la défaite, il était alors possible de balayer toutes les erreurs et toutes les mauvaises appréciations sous le tapis.

La bombe atomique était tout simplement l’excuse parfaite pour expliquer la défaite. Nul besoin d’avoir à déterminer les responsabilités de chacun ; nul besoin de mettre sur pied une commission d’enquête. Les dirigeants japonais pouvaient affirmer ouvertement qu’ils avaient fait de leur mieux. Au plus haut sommet de l’Etat, la bombe a donc servi à faire en sorte que les dirigeants ne soient pas tenus responsables de la défaite.

Les avantages d’une défaite par la bombe nucléaire

Mais attribuer la défaite du Japon à la bombe avait trois autres avantages politiques. Premièrement, cela permettait de conserver à l’empereur toute sa légitimité. Si la guerre n’avait pas été perdue en raison de ses erreurs mais en raison de l’apparition soudaine d’une arme miracle chez l’ennemi, l’empereur pouvait conserver du soutien au sein du Japon.

Deuxièmement, elle permettait de s’attirer une certaine sympathie sur le plan international. Le Japon avait mené une guerre d’agression et s’était montré d’une brutalité inouïe à l’égard des peuples conquis. Son comportement risquait fort de la placer au ban des nations. Mais présenter soudain le Japon comme une nation victime –une nation qui avait été injustement bombardée par une arme de guerre aussi cruelle que monstrueuse- permettait de reléguer au second plan une bonne partie des actes répugnants commis par les soldats japonais. Attirer l’attention sur les bombardements atomiques permettait donc de présenter le Japon sous une lumière plus sympathique et d’atténuer considérablement le soutien aux partisans des sanctions les plus dures.

Enfin, dire que c’est la bombe atomique qui avait gagné la guerre ne pouvait que plaire aux vainqueurs américains. L’occupation américaine du Japon ne cessa officiellement qu’en 1952 et durant l’intervalle, les Etats-Unis eurent tout le loisir de changer ou remodeler la société japonaise à leur convenance. Aux premiers temps de l’occupation, de nombreux dirigeants japonais craignaient que les Américains n’abolissent l’institution impériale. Et pas seulement. Bon nombre des plus importants dirigeants du Japon craignaient fort d’être jugés pour crimes de guerre (le tribunal de Nuremberg était déjà constitué quand le Japon capitula).

L’historien japonais Asada Sadao affirme que lors des nombreux entretiens accordés après la guerre, « les dirigeants japonais… font tout leur possible pour s’attirer la sympathie de leurs interlocuteurs américains ». Si les Américains voulaient entendre que c’était bien la bombe qui avait provoqué la capitulation japonais, pourquoi les décevoir ?

Attribuer la fin de la guerre à la bombe atomique servait donc les intérêts japonais de multiples façons. Mais cela servait également les intérêts américains. Si la bombe avait permis de gagner la guerre, la perception de la puissance militaire américaine se trouvait renforcée, l’influence diplomatique des Etats-Unis en Asie et dans le monde ne pouvait qu’augmenter et la sécurité des Etats-Unis se trouvait également renforcée. Les deux millions de dollars dépensés pour fabriquer la bombe n’avaient pas été dépensés en vain.

A l’inverse, si l’on admettait que c’était l’entrée en guerre de l’Union soviétique qui avait provoqué la capitulation du Japon, et qu’on laissait les Soviétique proclamer qu’ils étaient parvenu en deux jours à obtenir ce que les Américains n’étaient pas parvenus à obtenir en quatre ans, la perception de la puissance militaire soviétique et l’influence de sa diplomatie s’en seraient trouvées renforcées. Une fois la Guerre froide commencée, affirmer que l’entrée en guerre de l’Union soviétique avait été le facteur déterminant dans la capitulation japonaise n’aurait fait que conforter et aider l’ennemi.

Et tout ceci nous pose une question particulièrement troublante. Notre connaissance d’Hiroshima et de Nagasaki détermine, depuis près de 70 ans, la vision que nous avons des effets du nucléaire. Ces événements constituent, en quelque sort, le socle de toute pensée de dissuasion nucléaire. C’est à cause d’Hiroshima que nous tenons l’arme atomique pour une arme différente des autres, à cause d’Hiroshima que notre vision d’une telle bombe est celle d’une apocalypse à laquelle rien ne peut être comparée. Hiroshima sert d’unité de mesure de la menace nucléaire, une menace qui est pour la première fois énoncée quand Truman évoque la « pluie de destruction » qui va s’abattre sur le Japon. Hiroshima et Nagasaki sont la clé de voûte de l’aura de puissance qui nimbe les armes atomiques et en font des armes d’un poids écrasant dans les relations internationales.

Mais que penser de tout cela si l’histoire traditionnelle du bombardement d’Hiroshima est remise en cause ? Hiroshima est l’épicentre de la pensée atomique. Mais l’histoire que nous nous racontons semble bien éloignée des faits. Que devons-nous penser des armes atomiques si leur premier effet connu —le miracle de la capitulation japonaise— s’avère être un mythe ?

Ward Hayes Wilson

3 Messages de forum

  • EFFRAYER LES SOVIÉTIQUES, COMMENCER LA GUERRE FROIDE

    Les véritables raisons de la destruction d’Hiroshima

    http://www.monde-diplomatique.fr/1990/08/CLAIRMONT/42824

    Par Frédéric F. Clairmont, août 1990

    IL y a exactement quarante-cinq ans, les 6 et 9 août 1945, les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki étaient littéralement « ramenées à l’âge de pierre » par l’explosion des premières - et seules - bombes atomiques jamais utilisées dans un conflit. L’emploi d’armes aussi barbares était devenu indispensable - dit-on alors officiellement - pour arrêter la guerre et épargner des centaines de milliers de vies. Des documents récents démentent cependant cette thèse et révèlent que ces destructions, comme celle de Dresde le 13 février 1945, avaient pour objectif d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance, et marquaient, en fait, le début de la guerre froide.

    Le 7 mai 1945, lorsque le maréchal Jodl signa l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie, son allié, le Japon impérial, n’était déjà plus que l’ombre de lui-même : son arme d’élite d’autrefois, l’aviation, ne comprenait plus qu’un petit nombre d’adolescents désespérés mais prodigieusement courageux, et dont la plupart étaient assignés à des missions kamikazes ; il ne restait pratiquement plus rien de la marine marchande et de la marine de guerre. Les défenses antiaériennes s’étaient effondrées : entre le 9 mars et le 15 juin, les bombardiers B-29 américains avaient effectué plus de sept mille sorties en subissant seulement des pertes mimimes.

    Le 10 mars précédent, plus de cent vingt-cinq mille personnes avaient été tuées ou blessées lors d’un bombardement sur Tokyo. Un événement, seulement dépassé dans l’horreur par les trois raids des aviations anglo-canadienne et américaine sur Dresde, dans la nuit du 13 au 14 février 1945. Pour le patron de l’US Air Force, le général Curtis Le May, il s’agissait de « ramener le Japon à l’âge de pierre », métaphore qu’il répéterait sans cesse les années suivantes pour décrire la liquidation physique de dizaines de milliers de Coréens par ses chefs d’escadrilles.

    Le Japon avait parfaitement compris ce que signifiait la dénonciation par l’URSS du pacte de non-agression signé entre les deux pays, et il n’avait pas oublié la défaite que le maréchal Joukov avait infligée à ses armées à la veille de la seconde guerre mondiale. Alors, pourquoi ce lancement d’une attaque nucléaire sur Hiroshima le 6 août 1945 ? Et, même en admettant le bien-fondé de la « solution finale » imposée à cette ville, comment justifier la seconde démonstration de la capacité d’extermination effectuée trois jours plus tard à Nagasaki ?

    Tout au long de sa présidence, Harry Truman affirma que les destructions d’Hiroshima et de Nagasaki avaient sauvé un quart de million de vies humaines (1), mais, après la fin de son mandat, il commença à jongler avec les chiffres. Les journalistes qui écrivirent les « Mémoires » du président citèrent, dans leur première version, le chiffre d’un demi-million de pertes (américaines et alliées), dont au moins trois cents mille morts. A la sortie du livre, en 1955, le total était passé à un demi-million de vies américaines sauvées et, en certaines occasions, Harry Truman alla jusqu’à parler d’un million (2).

    Le chiffre mythique d’un demi-million avait bien pu apaiser la conscience de Truman ; mais, d’autres acteurs, non directement impliqués dans ce jeu, allaient l’utiliser à des fins beaucoup plus explicites. Winston Churchill avait ses propres raisons, liées aux perspectives de guerre froide, pour pratiquer l’escalade : Hiroshima et Nagasaki, selon lui, avaient sauvé un million deux cent mille. L’homologue britannique de Curtis Le May, le maréchal Sir Arthur Harris, surnommé bomber, confident de Churchill et exécutant de la destruction de Dresde, alla même jusqu’à parler de trois à six millions de pertes évitées (3).

    Les doutes du général Eisenhower

    TOUS les chercheurs sérieux savaient que les chiffres de Truman étaient fantaisistes, mais une étude des services secrets américains, découverte en 1988 dans les archives nationales des Etats-Unis, en apporte la confirmation (4). Ce document est certainement l’une des évaluations les plus étonnantes qui soient parues après la fin de la guerre. On y découvre que l’invasion de la principale île de l’archipel japonais, Honshu, avait été jugée superflue. L’empereur, observe le rapport, avait décidé, dès le 20 juin 1945, de cesser les hostilités. A partir du 11 juillet, des tentatives pour négocier la paix avaient été effectuées par le biais de messages à Sato, ambassadeur japonais en Union soviétique. Le 12 juillet, le prince Konoye avait été désigné comme émissaire pour demander à Moscou d’utiliser ses bons offices afin de mettre un terme à la guerre.

    Le rapport secret conclut explicitement que c’est la décision de l’Union soviétique, prise le 8 août, d’envahir la Mandchourie occupée par les Japonais, et non pas les bombardements d’Hiroshima (6 août) et de Nagasaki (9 août), qui constitua le facteur décisif menant à la fin des hostilités : « Les recherches montrent que [au sein du cabinet japonais] il fut peu question de l’usage de la bombe atomique par les Etats-Unis lors des discussions menant à la décision d’arrêter les combats [15 août 1945]. Le lancement de la bombe fut le prétexte invoqué par tous les dirigeants, mais la chaîne des événements mentionnés plus haut donne à penser, de manière quasi certaine, que les Japonais auraient capitulé après l’entrée en guerre de l’URSS. » La lecture des événements du 6 et du 9 août doit donc moins se faire en termes de fin des hostilités en Asie et dans le Pacifique qu’en termes de début de la guerre froide.

    Le secrétaire d’Etat James Byrnes - qui, au Sénat, avait été le mentor de Truman avant que ce dernier n’accède à la présidence après la mort de Roosevelt le 12 avril 1945 - ne le cachait d’ailleurs pas. Leo Szilard, qui l’avait rencontré le 28 mai rapporte ainsi que « Byrnes ne prétendait pas qu’il était nécessaire d’utiliser la bombe contre les villes japonaises pour gagner la guerre. Son idée était que la possession et l’usage de la bombe rendraient la Russie plus contrôlable » Le mot-clé n’est ni « compromis » ni « négociation » mais « contrôlable ». Ce que Truman confirma lui-même : « Byrnes m’avait déjà dit [en avril 1945] qu’à son avis la bombe nous permettrait de dicter nos conditions à la fin de la guerre. »

    La solution finale d’Hiroshima et de Nagasaki servit donc de prélude et de prétexte à un déploiement mondial de la puissance économique et diplomatique américaine. Après l’explosion, couronnée de succès, de la première bombe atomique, le 16 juillet 1945, dans les sables du désert du Nouveau-Mexique, Truman avait décidé d’exclure l’URSS de tout rôle significatif dans l’occupation et le contrôle du Japon. Le même personnage, alors sénateur, répondant à Roosevelt qui plaidait pour un prêt-bail à une URSS en proie aux pires difficultés, s’était exclamé : « Si nous voyons que l’Allemagne est en train de gagner la guerre, il faudrait que nous aidions la Russie, et si la Russie est sur le point de l’emporter, il faudrait que nous aidions l’Allemagne, pour qu’ils s’entretuent le plus possible. »

    L’arme d’extermination massive ne fit pas l’unanimité au sein du petit noyau des décideurs. A son grand honneur, le général Dwight Eisenhower nota dans ses Mémoires, lorsqu’il fut informé de son usage imminent par le ministre de la guerre, Henry Stimson : « Je lui fis part de la gravité de mes doutes. D’abord sur la base de ma conviction que le Japon était déjà battu, et donc que l’utilisation de la bombe était complètement inutile. Ensuite, parce que je pensais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion mondiale en utilisant une arme qui, à mon avis, n’était plus indispensable pour sauver des vies américaines. » De la même manière, le chef d’état-major, l’amiral William Leahy, un partisan du New Deal, écrivit : « Les Japonais étaient déjà battus et prêts à capituler. L’usage de cette arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’a apporté aucune contribution matérielle à notre combat contre le Japon. » Les États-Unis, poursuivit-il, « en tant que premier pays à utiliser cette bombe ont adopté des normes éthiques semblables à celles des barbares du Haut Moyen Age » (5). En revanche, lorsqu’il fut informé de l’holocauste de Nagasaki, en revenant de la conférence de Potsdam, à bord du croiseur Augusta, Truman fit part de sa jubilation au commandant du bâtiment : « C’est la plus grande chose de l’histoire. »

    La revendication et la justification de cet holocauste par le trio Byrnes-Truman-Stimson, que les médias répercutèrent dans les heures et les semaines qui suivirent, furent extrêmement payantes. Un petit mensonge avait été métamorphosé avec succès en un gros mensonge qui allait être presque universellement accepté et rendu moralement acceptable à l’opinion américaine et aux autres. C’est encore largement le cas.

    Pourtant, même aux pires moments de la guerre froide, à la fin des années 40, des voix s’élevèrent pour le remettre en cause. L’une des premières contributions d’envergure fut celle du physicien britannique Patrick M. Blackett, de l’université de Londres, qui écrivit que « la bombe fut la première opération d’importance dans la guerre froide diplomatique » (6). Ce travail, et la publication, dans les années 50 et 60, de documents privés et d’archives américaines déclassées, constituèrent les bases de la monographie fondamentale de Gar Alperowitz (7).

    Churchill reçut la nouvelle de la destruction des deux villes japonaises avec joie, en la parant de justifications mensongères. Il faut dire que c’était lui en personne - et non pas Sir Arthur Harris, chef du Bomber Command (la flotte aérienne de bombardement britannique), transformé plus tard en bouc émissaire - qui donna l’ordre de détruire Dresde, ville sans défense et dépourvue d’objectifs militaires. Pour reprendre les propos de Harris : « L’attaque de Dresde fut, à l’époque, considérée comme une nécessité militaire par des personnages plus importants que moi. » On compta plus de cent vingt mille victimes. Ce raid exterminatoire n’avait rien à voir avec une aide apportée à « nos braves alliés soviétiques » - pour reprendre la formule familière du temps de guerre - d’autant que leurs troupes n’étaient plus, ce jour-là, qu’à 130 kilomètres de l’ancienne capitale des rois de Saxe. Il s’agissait plutôt d’une démonstration de force à l’égard de cet allié.

    Au premier coup d’oeil, les photographies aériennes prises par les Mosquito de la RAF montrèrent que la destruction de la ville de Dresde n’avait aucune justification militaire. C’est seulement après le raid que les équipages des bombardiers s’en rendirent compte. Dans la grande vision churchillienne, Dresde et Hiroshima n’étaient qu’un élément de la stratégie plus globale de la guerre froide en train de naître. On aura une idée de l’état d’esprit du premier ministre britannique à la lecture du journal de lord Alanbrooke à la date du 22 juillet 1945 : selon Churchill, « nous avions désormais entre les mains quelque chose qui rétablirait l’équilibre avec les Russes. Le secret de cet explosif et la capacité de l’utiliser modifieraient complètement l’équilibre diplomatique qui était à la dérive depuis la défaite de l’Allemagne ». Et lord Alanbrooke d’ajouter laconiquement : « Churchill se voyait déjà en mesure d’éliminer tous les centres industriels soviétiques et toutes les zones à forte concentration de population. Il s’était immédiatement peint une magnifique image de lui-même comme unique détenteur de ces bombes, capable de les lancer où il le voulait, donc devenu tout-puissant et en mesure de dicter ses volontés à Staline » (8).

    Les années de guerre n’avaient pas changé la façon de voir de Churchill, mais seulement sa tactique et sa rhétorique. Profondément enracinée dans son esprit demeurait l’idée que « le bolchévisme n’est pas une politique, mais une maladie ». C’est pourquoi on n’aurait pu rêver d’un meilleur tandem que Truman et Churchill pour le développement stratégique de la guerre froide. Le soir du 10 février 1946, ils se réunirent à la Maison Blanche pour discuter du discours que l’homme au cigare allait prononcer, le 5 mai suivant, à Fulton dans le Missouri, et dans lequel il lancerait l’expression de « rideau de fer ». Non seulement ce manifeste de Fulton, qui formalisait le déclenchement de la guerre froide, fut couvert de louanges par Truman et son entourage, - particulièrement dans ses passages antisoviétiques où il préconisait une suprématie atomique américaine - mais on peut dire que ses ingrédients étaient une création anglo-américaine. Churchill discuta le contenu de son intervention en détail avec Truman le 10 février, avec Byrnes et le financier Bernard Baruch le 17 (9).

    La diplomatie atomique de Truman, désormais couplée avec la base économique massive de la puissance américaine, ne se cristallisa pas seulement dans la doctrine Truman mais aussi dans l’incontrôlable course aux armements qui en constitua la séquelle, ainsi que dans les guerres coloniales contre les peuples luttant pour leur indépendance.

    Nul besoin de sanctifier les exterminations d’Hiroshima-Nagasaki (ou, à cet égard, de Dresde) et de les élever à la hauteur d’événements mystiques. Elles constituèrent la synthèse d’une situation où des décisions vitales sont prises par un tout petit groupe d’individus, disposant d’énormes pouvoirs et agissant sur la base de prémisses erronées. Mais, de ces tragédies, il nous faut tirer des enseignements, toujours aussi pertinents, quarante-cinq ans après : compte tenu de la formidable complexité des relations internationales et de la capacité d’annihilation des armes nucléaires, nous n’avons pas d’autre choix que ceux de la souplesse, du compromis et de la négociation.

    Frédéric F. Clairmont
    Economiste.
  • Les véritables raisons du bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki…

    http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/article-34847051.html

    13 août 2009

    Site du Morning Star, quotidien communiste britannique :
    http://www.morningstaronline.co.uk/

    Article de Kate Hudson, présidente de la Campagne pour le Désarmement nucléaire en Grande-Bretagne, pour le Morning Star (sous le titre original : Un unnecessary evil)

    Traduction MA pour solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

    Il existe une croyance populaire, en particulier aux États-Unis, selon laquelle il était nécessaire de larguer la bombe atomique sur le Japon en 1945 pour mettre fin rapidement à la guerre et sauver des vies.

    Même aujourd’hui, beaucoup de gens croient véritablement que la bombe était nécessaire pour amener le Japon à se rendre et pour éviter l’invasion du Japon par les États-Unis, qui aurait pu coûter la vie à des centaines de milliers de personnes. Mais des études universitaires approfondies réalisées aux États-Unis, utilisant des documents de l’époque, montrent que ce n’est tout simplement pas vrai.

    Au moment où la bombe était prête à être utilisée, le Japon était disposé à se rendre. Comme le Général Dwight Eisenhower l’a dit, le Japon cherchait à ce moment précis à se rendre en évitant de perdre la face. Eisenhower lui-même a dit : « C’était inutile de les frapper avec cette horrible chose ».

    Alors, si le Japon était prêt à se rendre, pourquoi a-t-on largué deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki tuant plus de 340 000 personnes ?

    Un facteur significatif dans la décision de bombarder le Japon était le désir de Washington d’établir sa domination dans la région après la guerre. Ceux qui se préparaient déjà pour la situation d’après-guerre croyaient que cela rendait nécessaire l’occupation américaine du Japon, permettant aux États-Unis d’y installer une présence militaire permanente, de façonner son système économique et politique et de dominer la région du Pacifique sans crainte d’une résurgence Japonaise

    Mais la résurgence Japonaise n’était plus la principale source d’inquiétude stratégique pour les États-Unis. Sa principale source d’inquiétude était surtout la place que prendrait l’Union Soviétique dans le monde de l’après-guerre, à la fois en Asie et en Europe.

    L’Union Soviétique était l’allié de Washington pendant la guerre contre l’Allemagne. In fine, bien sûr, leurs systèmes économiques étaient incompatibles – les États-Unis n’auraient jamais accepté qu’aucune partie de l’économie mondiale se soit rapprochée d’elle et ceux qui recherchaient une alternative au modèle américain de l’économie de marché tendaient à regarder du côté de l’Union Soviétique.

    Cet antagonisme latent était intensifié par la puissance et le prestige accrus de l’Union Soviétique, au vu de son rôle dans la guerre, elle qui a cassé les reins de la machine de guerre allemande. Les États-Unis voulaient empêcher une progression Soviétique en Asie et, par conséquent, un gain d’influence Soviétique au Japon.

    Tout le monde doit bien en déduire que les États-Unis voulaient faire une démonstration de leur puissance militaire unique – avec la possession de la bombe atomique – afin d’obtenir quelques avantages politiques et diplomatiques, aux dépens de l’Union Soviétique, dans le cadre des accords d’après-guerre tant en Asie qu’en Europe.

    Tandis que de nombreux politiciens de premier plan, des diplomates, des grandes figures de l’armée pensaient qu’il n’était pas nécessaire de bombarder le Japon, le groupe qui entourait le président américain Harry Truman l’a fortement incité à le faire. Le Secrétaire à la Guerre Henry Stimson a décrit la bombe atomique comme étant « la carte maîtresse » de la diplomatie américaine vis-à-vis de l’Union Soviétique.

    Début 1945, il était clair que tandis que le gouvernement Japonais n’offrirait pas de « reddition inconditionnelle », il était disposé à rechercher une reddition négociée par le biais du pays neutre qu’était l’Union Soviétique. Comme condition, il posait le maintien de la position de l’empereur Japonais Hirohito, sans qu’il ait à perdre la face. Un scénario possible aurait été la modification de son rôle dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle et l’assurance que les charges de crimes de guerre contre lui – qui auraient pu mener à son exécution, comme cela a été le cas pour de nombreux leaders de l’Allemagne Nazie – seraient abandonnées.

    Il existait un consensus parmi les leaders Occidentaux sur le fait que cela aurait été une approche acceptable, mais cette position n’a jamais été communiquée au gouvernement Japonais. Des enregistrements indiquent que le Président Truman n’a pas évoqué cette option lors de la déclaration de Potsdam parce que les essais de la Bombe-A Américaine à Alamogordo avaient été concluants.

    Le leadership américain n’a pas informé les Japonais que leurs conditions de reddition étaient plus ou moins acceptable, car il fallait utiliser la bombe pour faire une démonstration de force dans un monde où les États-Unis seraient les seuls à être en possession de cette arme. Sa seule occasion de le faire, c’était avant que le Japon ne se rende.

    Donc les États-Unis ont largué une bombe sur Hiroshima le 6 août, et une autre sur Nagasaki le 9 août.

    Les conditions de reddition acceptés par la suite n’étaient aucunement différentes de celles que les Japonais avaient offertes avant le bombardement – exactement les mêmes fins auraient pu être atteintes sans le bombardement, si les États-Unis avaient accepté la condition japonaise qui était la protection et le maintien de son empereur. Mais maintenant, bien sûr, les États-Unis se sont assurés l’occupation du Japon et ont fait la démonstration de leur « carte maîtresse » dans le nouveau monde de la diplomatie atomique. Washington a montré au monde entier sans ambiguïté qu’il avait une arme d’une puissance exceptionnelle et dévastatrice et qu’il était prêt à l’utiliser,

    Les États-Unis ont fait d’autres déclarations pour essayer de justifier l’usage de la bombe, qui se sont également révélées fausses. Par exemple, il a été affirmé que les citoyens d’Hiroshima et de Nagasaki ont été avertis par des tracts envoyés par voie aérienne qui les avertissaient de ce qu’il allait se passer et qui les exhortaient à évacuer les villes. Ce n’était tout simplement pas vrai. Les preuves démontrent que la décision a été prise en très haut lieu de ne donner aucun avertissement préalable.

    Tout en s’assurant des avantages politiques, diplomatiques et militaires, les États-Unis se sont aussi laissés l’opportunité, autrement impossible, de tester leurs armes nucléaires sur des êtres humains et de déterminer leurs impacts sur les bâtiments et sur différents types d’installations. Cela lui a permis de suivre de près les impacts de la radiation, ce qui n’aurait pas été imaginable autrement.

    En lançant deux bombes, une faite d’uranium, l’autre de plutonium, avec des combinaisons chimiques différentes, toute une série d’effets pouvait être testée. Le chercheur scientifique Rosalie Bertelle considère qu’il y avait un « projet délibéré d’étudier les effets des deux différents types de bombes ».

    Les forces américaines d’occupation ont filmé les régions bombardées pour près de 85 000 pieds de pellicules. En septembre 1945, une équipe de chercheurs américains s’est établi à Hiroshima pour mesurer les « effets sur la santé » constatés sur une population humaine exposée à la fission atomique.

    En lançant ces bombes atomiques, le gouvernement Américain a eu ce qu’il voulait, mais avec un coût humain le plus épouvantable qui soit. Soixante-quatre années après, nous nous battons toujours pour mettre fin à cette héritage de terreur et de brutalité insupportable.

  • Hiroshima-Nagasaki : Les véritables raisons

    http://www.npa2009.org/idees/hiroshima-nagasaki-les-veritables-raisons

    Mardi 28 Juillet 2015, mise à jour Mardi 28 Juillet 2015, 21:00

    À Nagasaki, un torii miraculeusement debout après l’explosion et le gigantesque incendie. DR

    Les 6 et 9 août 1945, en quelques secondes, les vies d’au moins 150 000 JaponaisEs furent anéanties. Dans les semaines et mois qui suivirent, des dizaines de milliers encore sont morts, souvent dans d’atroces souffrances…

    Aujourd’hui, comme à l’époque dans le camp des alliés, on trouve encore des hommes politiques et des «  experts  », qui affirment que, malgré l’horreur, les bombardements étaient nécessaires pour éviter la mort de centaines de milliers de soldats et de civils dans une guerre très longue. Cet argument est faux, et cache les véritables motivations du gouvernement américain.

    «  Montrer sa force  »

    En août 1945, replié sur les principales îles et la Mandchourie, le Japon n’était plus en mesure d’offrir une résistance conséquente. Huit millions et de demi de Japonais avaient fui les villes. La production de guerre était réduite à peu de choses. Dans les raffineries de pétrole, la production avait été réduite de 83 %, la production des moteurs d’avion de 75 %, celle des cellules d’avion de 60 %. 600 usines importantes avaient été détruites, 90 % des navires avaient été coulés.

    Une étude menée par l’armée américaine après la guerre concluait que même sans les bombes, le Japon aurait certainement capitulé avant le 31 décembre, peut-être même avant le 1er novembre. Dans ses mémoires, le général Eisenhower parlera de sa « conviction que le Japon était déjà battu, que le bombardement était complètement inutile » et que « l’utilisation d’une bombe (n’était) pas nécessaire pour sauver la vie des Américains. » Plus loin, il ajoute que le général MacArthur (l’officier le plus haut gradé dans le théâtre des opérations en Pacifique) « pensait que le bombardement était complètement inutile d’un point de vue militaire. » Enfin, les États-Unis avaient percé les codes des communications japonaises et savaient que le Japon cherchait à négocier et envisageait même de se rendre.

    Certains analystes évoquent l’argument qu’après avoir dépensé des sommes colossales pour développer la bombe, il fallait quand même s’en servir, ou que le largage des bombes permettait d’observer l’impact en situation réelle de cette nouvelle arme. D’ailleurs, les deux villes avaient été épargnées des bombardements «  classiques  » infligées aux autres villes japonaises… afin de mieux mesurer les effets de la bombe atomique  ?

    Il est tout à fait possible que de tels arguments cyniques aient pesé dans la décision. Dans une conversation avec le président Truman le 6 juin 1945, le ministre des Affaires étrangères, Henry Stimson dit : « Je craignais qu’avant d’être prêt, l’Armée de l’Air ait tellement détruit le Japon que la nouvelle arme ne bénéficie pas d’une situation suffisamment crédible pour montrer sa force. » Face à cette remarque, le président « a ri en disant qu’il comprenait. » Enfin, en matière de cynisme et de brutalité, les alliés avaient déjà montré leur capacité à terroriser les populations civiles avec des armes classiques, à Dresde ou à Tokyo (entre 80 000 et 100 000 mortEs à chaque fois).

    Le partage du butin

    Mais la raison de fond se trouve dans la rivalité entre les différentes puissances, en particulier entre les USA et l’URSS, la puissance émergente. Pendant la guerre, les USA et l’URSS, mais aussi la GB et la France, avaient besoin de l’aide des uns et des autres pour venir à bout de l’impérialisme allemand et japonais. Mais la rivalité n’était jamais très loin, comme l’a montré le refus des alliés, dans un premier temps, d’ouvrir un deuxième front à l’ouest, contents qu’ils étaient de voir l’Allemagne et l’URSS s’affaiblir dans un duel sanglant.

    Par contre à mesure que l’Allemagne et le Japon reculaient, il devenait de plus en plus urgent de se mettre dans la meilleure position pour partager le butin qui reviendrait aux vainqueurs à la fin de la guerre  : pour le partage de l’Europe et du Moyen Orient, mais aussi de l’Asie.

    Ainsi, lors de la conférence des alliés à Potsdam en février 1945, l’URSS s’est engagée à ce que trois mois après la défaite de l’Allemagne, elle envahisse la Mandchourie occupée depuis 1931 par le Japon.

    En échange de l’intervention de ses troupes, Staline revendiquait l’occupation des îles Kuriles, l’occupation de la Mandchourie et le partage du Japon. Mais la mise au point de la bombe atomique et son essai réussi le 16 juillet changea la donne. Capables maintenant de précipiter la reddition du Japon par la terreur, les USA pouvaient se passer de l’aide de l’URSS et éviter ainsi d’être obligés de trop lui céder. Staline, fonctionnant selon la même logique, s’est précipité pour envahir la Mandchourie deux jours après Hiroshima, et se livrer à un pillage en règle de ce pays à la fin des hostilités, même s’il ne pouvait plus prétendre à un partage du Japon. C’était aux Américains que les Japonais se rendaient, pas aux Russes  !

    La guerre froide n’allait pas tarder à se mettre en place….

    Ross Harrold

    La «  peste atomique  », plus jamais ça  !

    Le journaliste australien Wilfred Burchett a été le premier correspondant occidental à arriver à Hiroshima un mois après l’explosion :

    « Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. On a l’impression qu’un rouleau compresseur gigantesque est passé sur la ville jusqu’à la faire disparaître. Sur le premier terrain d’essai de la bombe atomique, je vois la dévastation la plus terrible et la plus effrayante depuis quatre ans de guerre. Les champs de bataille du Pacifique, c’est le jardin d’Eden à côté d’ici. (…) À l’hôpital, j’ai trouvé des gens qui n’ont souffert d’aucune blessure quand la bombe est tombée mais qui meurent actuellement de séquelles troublantes.

    « À Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens qui n’avaient pas été atteints pendant le cataclysme sont encore aujourd’hui en train de mourir mystérieusement, horriblement, d’un mal inconnu pour lequel je n’ai pas d’autre nom que celui de peste atomique.

    « Sans aucune raison apparente, ils s’affaiblissent. Ils perdent l’appétit. Ils perdent leurs cheveux. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps, puis ils commencent à saigner des oreilles, du nez, de la bouche.

    « Au début les médecins me disaient qu’ils pensaient que c’étaient des symptômes d’un affaiblissement général. Ils donnaient des injections de vitamine A, mais les résultats étaient horribles. La chair commençait à pourrir autour du trou laissé par l’aiguille de la seringue. Dans tous les cas la victime meurt. »

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