VIVE LA RÉVOLUTION

Tanche (museau de)

mardi 11 février 2020, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 11 février 2020).

La disparition de la "race blanche" faisait trembler les réacs en 1975. Plutôt que d’encourager la natalité, Cavanna prônait le partage des richesses. Un texte d’une brûlante actualité, paru dans Charlie Hebdo no 235, du 15 mai 1975.


Tanche (museau de)

https://charliehebdo.fr/2019/07/pol…

17 juillet 2019

Cavanna

Fin de la grande trouille de l’an 2000. Le monde ne risque plus d’être surpeuplé. Ouf. On respire. Attends. Fin de cette grande trouille-là, mais naissance d’une autre, bien plus grosse, bien plus ­terrible, et bien plus neuve :

«  LA POPULATION BLANCHE S’EFFONDRE  », couverture du Point. C’est la trouvaille de la semaine. Elle est signée Georges Suffert. Le vrai bon thème de cauchemar pour angoisser Ducon-Race blanche. Et lui faire oublier certains autres problèmes, plus urgents mais moins excitants.

Rendez-vous compte  ! Tous les pays blancs sans exception, riches ou pauvres, démocratiques ou pas, sont en régression démographique par rapport aux pays colorés qui, eux, les vaches, galopent tagada vers les glorieux dix milliards de l’an 2000. Les Blancs vont être submergés sous le flot multicolore. Les Blancs et, naturellement, la Civilisation. L’Héritage du Passé. Une certaine conception des Valeurs…

Que faire, mon Dieu, que faire  ? C’est simple, dit Georges Suffert, s’inspirant du maître Alfred Sauvy : pondre. Pondre aussi vite que les Jaunes, que les Noirs, que les Bistres.

Il est vrai, dit Suffert, que la population globale de la planète croît de façon explosive, mais d’abord il n’est pas sûr que cette explosion soit une éventualité aussi catastrophique qu’on le dit, le métro aux heures de pointe est somme toute très supportable, surtout si l’on a l’espoir d’avoir un petit coin à soi moins surchargé, et ensuite il y a beaucoup plus grave que de voir l’espèce humaine crever d’entassement avec tous les plaisirs préalables que cela comporte : famines, guerres, épidémies, psychoses collectives…, il y a beaucoup plus grave que ça : ce serait de se résigner à ce que la race blanche ne soit pas représentée dans le peloton de tête sur la ligne d’arrivée de la course au Plus Grand Nombre. Honte et calamité  !

Georges Suffert se place dans une optique résolument sportive. Il s’agit de compétition, façon de voir éminemment virile, et de compétition dans l’activité réputée virile par excellence : l’éjaculation abondante et fréquente sanctionnée par le nombre de lardons éjectés au kilomètre carré, dûment homologués selon le règlement olympique.

Nous sommes déjà trop sur terre, nous allons très bientôt être démentiellement trop, et nous, les Blancs, les têtes, les pionniers, les flambeaux, nous nous résignerions à n’être pas démentiellement trop de Blancs parmi ces démentiellement trop de Noirs, de Rouges, de Jaunes et de Marrons  ? Ça, jamais. Nous relèverons le gant. Comme à Verdun.

Mais ils vont nous submerger, on vous dit. Non, Suffert. Ils nous submergent DÉJÀ. Ils nous ont TOUJOURS submergés. Par le nombre. Puisque c’est de nombre, et seulement de nombre, qu’il s’agit ici. Les Blancs ont toujours été une minorité, sur cette Terre. Une petite minorité. Sur l’actuel total mondial de quatre milliards de gougnafiers, les populations blanches n’atteignent guère que neuf cents petits millions, en y incluant Arabes et Berbères, variétés qui, dans l’esprit de Suffert, ne constituent certainement pas les prototypes rêvés de l’ Homo Occidentalis. Les populations non blanches d’Asie totalisent à elles seules plus de deux milliards d’individus. Vous le voyez, les Blancs ne sont même pas à un contre trois. Dix pour cent de Blancs en plus ou en moins ne changeraient pas grand-chose au rapport des masses.

Les non-Blancs, il est vrai, n’ont pas encore atteint le stade euphorique où l’on fait l’amour pour tirer un coup et non pour mettre un petit Chinois de plus au monde. Ils y vont à couilles rabattues (l’expression n’est pas dans l’article de Georges Suffert, mais le coeur y est) et comme, d’autre part, grâce aux saloperies de vaccins des Blancs si inférieurs à la bonne ­médecine traditionnelle chinoise yin-yang et petites aiguilles, lesdits petits Chinois ne crèvent plus comme des mouches, la proportion des Basanés ne cesse d’augmenter. Oui. Mais là ne réside pas la nouveauté, là n’est pas l’essentiel de la révolution.

Hier aussi, les non-Blancs étaient les plus nombreux, et de très loin. Hier. Seulement, hier, ils avaient une caractéristique bien agréable : ils n’existaient pas. Il y avait les Blancs, et rien. Il y avait l’Europe, l’Amérique, et tout autour l’immensité informe, la forêt vierge, le désert, je ne sais quelle vague ­cochonnerie. Une morne grisaille hors les murs, où grouillaient des ombres, où dormaient des richesses. On y plongeait la main, on la ramenait pleine d’or, ou de plomb, ou de café, ou de cacao, ou de caoutchouc, ou de tirailleurs sénégalais. Que ces ombres confuses aient été dix mille ou dix milliards, on n’en avait rien à foutre. N’existaient pas. La race blanche ne risquait pas d’être submergée, ce genre de problème était impensable. Et boum, soudain, ils sont là. Opaques, durs, massifs, chair et os. Trois milliards d’hommes. Qui respirent, mangent (quand ils peuvent), gueulent, brandissent des fusils, rotent, chient, consomment, produisent, militarisent, politiquent, déconnent, exigent, votent à l’ONU, et dans quel sens, mon Dieu, jouent des coudes, nous pompent l’air, et baisent, baisent, baisent…

Hier, ils n’étaient pas là. Aujourd’hui, ils sont trois fois plus que nous. Hier, Georges Suffert ne les eût pas vus, et il aurait dû chercher autre chose pour nous faire peur. Aujourd’hui, il ne peut pas ne pas les voir. Ils sont là, et un peu là. Georges Suffert les compte sur ses doigts. Nous compte. Panique. Ils sont plus que nous  ! Au secours  ! Un seul remède : pondons, mes frères  ! Tombons la culotte, et hagne donc, jusqu’au museau de tanche 1 . Multiplions les allocations. Limitons l’avortement (ah, ben tiens, c’est marrant, c’est pas du tout de ça qu’on était partis pour causer, quelle coïncidence  !), déconseillons la pilule, exaltons la Famille… Au nom de la Pyramide des Âges qui prend une sale gueule, niquons, niquons, niquons, mes frères, et de grâce, mes soeurs, ne courez plus vous laver le cul avec cette hâte qui rend si suspecte l’authenticité de vos pâmoisons  ! Gardez, gardez en vos flancs ce fruit rare de la race élue, et le mûrissez à point. Que ce quart d’humanité supérieure que nous sommes ne s’amenuise pas jusqu’à un cinquième, puis un dixième, puis rien du tout.

Si vous avez tout bien suivi, vous avez remarqué que ceci implique que, hors la race blanche, il n’est point de salut pour l’humanité (car, bien entendu, seul nous meut le salut de l’humanité, autrement ce ne serait que du sale racisme pourri, ouh la sale bête, Dieu nous en garde  !). La race blanche disparue (ou trop réduite en nombre), l’humanité basanée ira à vau-l’eau, cela va de soi. Complètement paumée. Incapable d’assimiler, elle est, le rationalisme et la pensée cohérente. Incapable de recueillir l’héritage, de le faire fructifier. Gris-gris, cannibalisme et supplices chinois, voilà l’avenir. Horreur  ! Réagissons.

Mais tu causes, tu causes, et eux, pendant ce temps-là, ils PONDENT. Au lieu de t’écouter, on aurait mieux fait de mettre quelques lardons au four. Tiens, regarde Suffert, il a pas arrêté.

T’occupe. Laisse Suffert tromper son angoisse à coups de queue. Stimuler la ponte des Blancs, connerie dérisoire. En admettant que ça marche. Les Blancs ont compris les premiers que, puisqu’il n’est plus nécessaire de mettre douze enfants au monde pour avoir une vague chance d’en élever un jusqu’à l’âge d’homme, autant prendre le bon de l’amour sexuel, lécher la confiture, et laisser le pain sec, la corvée de l’élevage des mômes. Continu er à pondre par douzaines, se défoncer le ventre et se gâcher la vie, alors que les ressources ne peuvent croître assez vite (et sont d’ailleurs limitées), alors que c’est si bon d’avoir de l’espace et du temps, serait stupide et criminel. Vive Malthus  ! L’homme est un animal (relativement) social, pas une sardine à l’hui le.

Ce qu’il faut, et impérativement, c’est que le Tiers-Monde comprenne, lui aussi, et cesse de pondre à cette cadence frénétique. C’est ça ou crever. Pour lui comme pour nous. Avant de crever, il nous submergera, nous, les Blancs, c’est vrai. Mais ça ne retardera pas la catastrophe finale. Alors, qu’on ait pris part à la course à la ponte ou pas…

L’humanité doit contrôler son expansion, vite. Très vite. Les pays nantis ont commencé. Très bien. Un bravo pour eux. Le fait d’être nantis les y a bien aidés, c’est une loi biologique, la morale et la tradition n’ont rien à foutre ici, et la preuve : ça s’est fait en dépit de leur nez. Il faut maintenant persuader le Tiers-Monde d’en faire autant. Mais au fait, s’ils étaient un tout petit peu nantis, eux aussi, peut-être qu’ils pondraient automatiquement moins  ? Ou bien est-ce que les lois biologiques ne fonctionnent que pour les Blancs de culture judéo-chrétienne occidentale exclusivement  ?

Voulez-vous que les gens pondent moins  ? Donnez-leur à bouffer, plein, avec des protéines dedans, donnez-leur un cigare au dessert, donnez-leur des maisons, et des loisirs, et de la sécurité, et de l’instruction, et de la joie de vivre, et du temps pour goûter à tout ça… Partagez, messieurs les Blancs, puisque vous, vous êtes loin en avant sur le chemin du bien-être. Tendez la main aux petits frères à la traîne. Oh, mais, dites donc, le progrès, ça se mérite  ! Deux mille ans d’efforts, et eux, crac, ils n’auraient qu’à ouvrir le bec  ? Z’avaient qu’à travailler, comme nos papas. Et être intelligents, comme nos tontons. Vous avez raison. Ce ne serait pas moral. Eh bien, bon, crevez, Blancs. Oui, mais on crèvera la tête haute. En attendant, ouvre les cuisses, Germaine, faut mettre le suivant en train. Tu me caresses pas un peu avant  ? Ah non, on est là pour sauver l’Occident, pas pour la rigolade.

1. Le museau de tanche est en anatomie l’orifice de la matrice, c’est-à-dire le col de l’utérus, ndlr.

1 Message

  • Tanche (museau de) 12 février 11:54, par Dominique

    Il peuvent se rassurer chez ils sont tous Charlie, la race de couleur, c’est pas la noire. Un noir, il est noir de la naissance à la mort et quoi qu’il fasse pendant tout ce temps. Alors qu’un blanc, c’est rose quand ça va au soleil, jaune quand c’est malade, bleu quand il a peur, ou même comme un vrai caméléon en technicolor s’il a très peur comme ce gradé à l’armée qui a paniqué parce qu’au lieu de lancer la grenade, je la regardait fumer, et gris quand il est mort. On est toujours là, c’est lui qui l’a lancée. Sur le moment il a pas réalisé, un vrai automate, c’est après qu’il est devenu comme un caméléon. J’aime bien ce nom caméléon, si j’ai un garçon, je l’appellerai Léon.

    Par contre l’armée ça devrait être interdit ainsi que toutes les industries qui l’alimentent en armes et toutes les banques qui financent ce merdier criminel. Interdire et démanteler tout ça serait à la fois du pacifisme, de l’écologie et du social bien compris.

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